Sigalit Landau — Working Title WM I+II

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Sigalit Landau
Working Title WM I+II

Past: October 21 → November 18, 2010

Les ouvriers agricoles qui ramassent les pastèques en Israël viennent tous, sans exception, d’un village arabe israélien proche de Nazareth – Manda. Pourquoi ? Ces derniers disent que c’est leur métier, qu’ils sont les meilleurs pour ce travail et qu’ils font cela depuis des milliers d’années (la première trace de pastèques dans la région remonte à 5 000 ans, dans la proche Egypte).

Une manière d’observer un paysage sans culpabilité/ aveuglement/ barrières politiques ni romantisme, est de diriger la caméra vers la terre/ la mer/ la rue/ ses pieds, comme baisser les yeux pour étudier une carte, un papier, un texte.

C’est en 2003 que j’ai utilisé pour la première fois ce fruit rouge, pour mon film intitulé métaphoriquement Le Pays. J’y montrais un égout charriant des boules compactes sanglantes, numérotées, avec la titraille bien visible, un peu comme si ces excroissances s’étaient multipliées sous la surface à la manière des pommes de terre; chaque boule était constituée du papier journal d’un quotidien enduit de colle rougie. C’était au moment de la deuxième « Intifada », le sang coulait dans les rues comme de l’eau… et cela dura pendant des mois.

Working title WM est une élégie d’un travail monumental (DeadSee), dans laquelle les pastèques sont re-localisées et juxtaposées dans un système gravitationnel différent, dans un cadre mort et stérile. Dans Working title WM I+II, on cueille les pastèques en leur coupant la tige.

La pastèque connote les Noirs américains, les Juifs orientaux et les Arabes israéliens. Dans mon diptyque, je montre une chaîne humaine se passant des pastèques invisibles, mais pesantes, l’une après l’autre – il y a beaucoup de ramasseurs, et ils doivent récolter « un par un » ce fruit fragile gorgé d’eau.

Dans DeadSee, je suis seule, piégée au milieu d’une spirale de centaines de pastèques flottant à la dérive. Mais qui tire sur mon radeau et détruit la spirale ? Qui efface l’image et en balayant l’écran ? Où va ce « je » ? Les gars de Manda travaillent à la chaîne, en silence, comme les machines qu’on ne peut employer à cette tâche.

Je ne me souviens plus du moment où j’ai appris, où j’ai découvert que les pastèques arrivaient à maturité beaucoup plus sucrées quand elles poussaient dans un désert, irriguées par des captages d’eau salée… Une métaphore imparable en tout cas, de la culture d’un fruit étrange sur les rivages d’un lac salé jusqu’aux douceurs des fins de repas: du désert au dessert – le fruit devient « bon », qui provient d’un environnement incroyablement sec et mort. J’ai utilisé cette matrice triviale mais bien réelle pour faire ressortir la vulnérabilité du corps mais surtout sa flottabilité étonnante dans ces eaux, pour montrer le processus de guérison d’une blessure… Je dérivais dans ma spirale avec un œil baignant dans la solution saline turquoise. Comment passe-t-on de l’état de chair souffrante d’une victime à celui de cerveau (mémoire) d’un survivant ? C’est bien parce que je suis persuadée n’avoir pas de réponse à cette question, que je me sens obligée de redéfinir des choses. Je «reprogramme l’objet» et, ce faisant, je le re-charge de sens.

Et maintenant… ?. Comment les globes rouges de mes pastèques ont-ils fait pour passer de mon monde au vôtre ? Ces fruits viennent d’un champ où l’on ne peut voir que le vert des feuilles, ils se sont cachés pour pousser, mais ils n’ont pas échappé à l’œil des cueilleurs de Manda.

Sigalit Landau, septembre 2010, Tel Aviv
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